J’espère que je saurai vous dire

Mes enfants,

Ces derniers jours, des femmes et des hommes sont morts en France, sous les balles de jeunes emportés dans leur folie. Au nom d’un prophète qui ne leur a rien demandé, ils ont pris les armes, et sont sortis tuer.

Partout en France, nous avons été bouleversés. De la mort de ces gens que nous ne connaissions pas, ou pas vraiment. Des policiers, des civils, des dessinateurs et chroniqueurs de Charlie Hebdo, ce journal satirique que nous connaissions tous. L’un de mes anciens professeurs aussi, qui faisait partie de la bande à Charlie.

Partout en France, nous avons été choqués, bouleversés, tristes, en colère. Avec votre père, nous avons préféré ne pas vous en parler directement. Parce que vous êtes encore si petits. Parce qu’il nous semblait encore trop tôt pour vous faire sauter à pieds joints dans cette réalité-là.

Et pourtant. Vous avez du sentir qu’il se passait des choses, que nous étions inquiets. Vous avez entendu des mots, vous avez vu les images de ces rassemblements dimanche que nous suivions sur nos écrans, vous avez vus ces barrières apparaitre près de la crèche et de l’école.

Quand il sera temps, j’espère que je saurai trouver les mots pour vous raconter ce monde. Pour vous dire que ces hommes qui ont tué sont des hommes qui sont fous. Qu’ils sont minoritaires, mais qu’ils font beaucoup de mal. Pour vous dire que des fous tuent ailleurs également et que ces morts aussi nous les pleurons. Pour vous dire qu’il ne tient qu’à nous de construire une société plus juste. Qu’on ne peut pas vivre, grandir, se construire dans la haine. Qu’il est de notre responsabilité, à votre père et moi, aux adultes qui vous entourent, de vous faire grandir en vous donnant le sens du collectif, pour que vous sachiez éviter nos erreurs, et construisiez une société plus juste.

Bien que la tentation soit forte parfois, ce serait un erreur que de vous faire grandir dans une bulle. Alors je vous promets que je ferai tout mon possible pour vous donner des clés de compréhension du monde, pour que vous puissiez grandir armés de connaissances qui vous aident à vivre dans ce monde, pour que vous participiez pleinement à faire des choix de société éclairés, pour que votre pensée ne soit pas entachée des propagandes et des extrêmes. Je vous promets de faire tout mon possible pour vous aider à devenir un homme et une femme libres.

Tout petit sommeil

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Mon tout petit,

Cela fait quelques soirs maintenant que tu te réfugies dans ton tipi pour y passer la nuit. Entouré de tes peluches, allongé sur ta peau de mouton, tu poses ta tête sur l’un de tes coussins et fini généralement, non sans mal, par t’endormir.

Cela fait plusieurs soirs maintenant que tu sembles refuser ton lit. Chaque fois, une excuse différente. Un couette trop grande, trop chaude, pas assortie à la taie de ton oreiller. Et chaque fois tu réclames l’autre, plus petite, celle que tu avais dans ton lit de tout petit, et que nous ressortons parfois lorsqu’un copain vient dormir.

Cela fait bien longtemps maintenant que tu as du mal à trouver le sommeil, que tu demandes à ce que la porte reste ouverte, la lumière allumée, que tu te mets à pleurer quand tu entends mon pas qui descend l’escalier.

Mon tout petit, j’ai beau essayer, je n’arrive pas à te rassurer. En tout cas, pas suffisamment pour que tu puisses te laisser aller, te laisser emporter par le sommeil.

Mon tout petit, déjà si grand pourtant, je suis sûre que tu vas y arriver. Et un jour tu verras comme il est bon de se glisser dans son lit et de se laisser happer par le sommeil.

Enfant, ma mère me racontait l’histoire du marchand de sable. Bientôt, tu le rencontreras toi aussi et tu t’en feras un ami.

D’ici là, mon tout petit, je te souhaite une bonne nuit. Un baiser sur chaque paupière, un câlin jusqu’à 30, et je m’en vais doucement, sur la pointe des pieds, pour ne pas te faire sursauter.

Crédit photo: celinevincentwinston.blogspot.fr

 

Youpi, l’école est finie!

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Lui, je ne sais pas, mais moi, ça me met en joie. Réminiscence sans doute de ces bouts d’enfance, ces moments d’attente partagés avec les frangins et les copains, ce jour attendu avec tant d’impatience: la fin de l’année scolaire.

Et la perspective de ces 2 longs mois d’été, de l’odeur du soleil sur la place devant la maison, du plaisir de camper, d’un peu plus de liberté…

Petit Gris, quant à lui, ne dit pas trop. Il rapporte ces mots que l’on attend de lui, ceux entendus et maintes fois répétés par la maîtresse, par Dame Tartine, par les adultes autour de lui:
Alors ça y est, c’est les vacances! Tu dois être content!
- oui.

Les vacances ne réveillent pas encore pour lui de souvenirs. Sa temporalité est encore quasi uniquement dans le moment présent. Les vacances, ça veut juste dire que l’école est finie. Quelque chose, dans sa vie, s’arrête. Mais demain, s’il n’y a pas école, qu’est-ce qui se passe?

Alors on explique, on rassure, on raconte, on se souvient ensemble, on regarde des photos.

Et ce soir, une fois de plus, on fabrique un calendrier spécial vacances pour Petit Gris.

Au-revoir maîtresse. Et merci.

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Voilà, on y est. Après une année à accompagner Petit Gris le long du chemin chaotique de l’école, la fin de l’année est là, et il va lui falloir dire au-revoir. A sa maîtresse. A son atsem. A sa nounou. Ca fait beaucoup d’au-revoir pour un petit bonhomme de 4 ans.

J’ai réfléchi longtemps au cadeau qu’il pourrait offrir à toutes ces femmes qui l’ont accompagné dans cette première année de scolarité. Qui ont été là pour lui. Qui ont su trouver les mots dont il avait besoin pour être rassuré. Qui ont trouvé les mots pour l’aider à avancer. Qui lui ont fait aimer l’école. Un petit quelque chose qui permette de dire merci, et qui aide Petit Gris à leur dire au-revoir.

J’ai cherché l’inspiration sur les forums et les blogs, forcément. D’autres se sont posés la question avant moi. J’ai visité quelques sites a la recherche du super article joli, original et pratique, mais rien ne m’a vraiment plus. J’ai farfouillé du côté des bonnes idées à faire soi-même, sans prendre de trop gros risques, parce que bon, le bricolage et moi, c’est pas toujours ça.

Finalement, j’ai opté pour quelque chose d’assez simple, du moins pour la maîtresse et son atsem. J’ai aidé Petit Gris à préparer une carte pour chacune d’entre elle. Au début, je voulais lui faire faire des anagrammes de leurs prénoms. C’était sans compter l’exceptionnel esprit créatif de mon petit bonhomme qui n’a visiblement pas compris le principe. J’ai laissé tomber. Du coup, une jolie peinture sur l’intérieur de la carte, et sur l’extérieur, un collage des lettres MERCI découpées dans un joli papier et disposées dans le sens qu’il veut.

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Et puis avec ça, une fournée de mini-muffins. On a fait un test ce week-end avec Petit Gris. Mini-muffins à la compotée d’abricots, aux pépites de chocolat, à la pâte de spéculoos et à la pâte de noisettes. Approuvés par toute la famille. Ça claque!

Ne reste plus qu’à trouver 2 jolis bols pour les mettre dedans, et à se remettre aux fourneaux jeudi soir avec Petit Gris.  Il aura 2 jolis et gourmands cadeaux à offrir, auxquels il aura très largement contribué.

En attendant, comme il y a plein de mini-muffins en rab’, je m’en vais les déguster autour de la machine à café histoire de me faire des copains au bureau !

Courbatures, dur, dur

Le soleil a cela d’étonnant qu’il me fait faire toutes sortes de choses stupides.

En hiver, j’hiberne. Il ne faut pas me parler. Au printemps, je tape du pied en rongeant mon frein. Je suis chiante. Et au premier rayon de soleil un peu chaud qui semble nous promettre l’été, je pars à 100 à l’heure. Qui m’aime me suive.

Hier, par exemple. J’ai sauté à 2 pieds dans mes vieilles tennis qui n’avaient pas servies depuis quelques années. Un peu de musique dans les oreilles et je suis partie inspecter les petits sentiers de la forêt d’à côté. Au pas de course. Enfin, à mon pas de course à moi. Petites foulées, quoi. Et évidemment je n’ai pas trouvé mieux que de crier ma joie, ma fierté, mon ambition: « chéri, à partir d’aujourd’hui, c’est footing tous les soirs pour moi! ».

Encore une belle idée sortie de ma tête un peu trop chauffée par le soleil. Ce matin au réveil, courbatures de folie que je me suis traînée toute la journée et jambes tellement flagadas que j’ai bien failli m’étaller devant la machine à café. Classe. Et ce soir, je n’ai plus qu’une envie, c’est de me mettre au lit avec mes bonnes résolutions, et de m’endormir dessus. En mangeant du chocolat. Mais ça j’ai le droit, hier j’ai couru.

Allez, avec un peu de chance (on me souffle à l’oreillette qu’il s’agirait plutôt de volonté…), on en reparle demain!

On n’est pas gentils, on est contents

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« On n’est pas gentils, on est contents. La gentillesse, ça n’existe pas. »

Ce matin dans les transports. Réponse d’un jeune homme à un « Parlez-moi gentiment » qui failli virer en altercation. 
Et moi d’y repenser.
Je ne demande pas souvent aux enfants d’être gentils avec les gens. Je leur demande plutôt d’être polis. Je leur dis parfois d’être gentils entre eux, et avec les copains aussi. Mais au fond, ça veut dire quoi? De n’être pas méchant gratuitement. De ne pas tirer les cheveux de son frère. De ne pas piquer la poupée de sa soeur. De ne pas prendre le tractopelle pour renverser du sable sur la tête de son frère. De ne pas utiliser son râteau pour taper sur sa soeur. Ca laisse des traces.

Bon. Ca ne va pas nous mener loin tout çà. Et puis Catherine Dolto a déjà bien résumé tout çà dans son livre « Gentil méchant ».

Pourtant cette petite phrase continue a me trotter dans la tête. Ce n’est donc pas là, au niveau des enfants, que se situe ma réflexion. Alors je m’y remets, je m’interroge. Et pour moi, ça veut dire quoi? Ce qui est sûr, c’est que je suis souvent bien plus aimable, et donc gentille, par voie de conséquence, quand je suis contente. Je suis contente quand je suis sereine. Et je suis sereine quand je suis rassurée. Tout réside donc ici. Dans cette capacité à être rassurée.

Est-ce que cela fonctionne pareil chez mes enfants?

Promesse

Voilà l’été qui arrive et l’envie de jouer des mots pour aider à faire fuir les maux. A l’aide de barbecues à haute dose. A l’aide de pommes de pins ramassées à la pelle. A l’aide d’un essai potager. A l’aide de sourires forcés et de larmes versées.

Mais pas tant, heureusement. La vie est parfois coquine, qui nous rappelle sans prévenir à nos promesses d’antan. De celles que l’on fait à soi-même quand on a 20 ans. De celles que l’on fait promettre à l’amie de nous rappeler à raison de coups de pieds au cul savamment dosés s’il nous venait l’envie de l’oublier. Cette promesse de ne pas s’oublier.

Et voilà qu’au détour d’une caisse je tombe sur ces lettres, écrites il y a quelques années maintenant. J’y retrouve ces maux. J’y reconnais mes mots. Sans doute dirais-je aujourd’hui différemment. Mais quand même. Tout est là. Tout est dit. A quelques années d’intervalle.

Je n’ai plus 20 ans depuis longtemps. L’amie bientôt sera là de nouveau. Et moi de me promettre que l’on ne m’y prendra plus.