Ce temps qui passe

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Le temps de tout, le temps de rien. Ce temps qui passe, ce temps qui file. Ce temps dont j’aurais tant besoin et tout le temps ce besoin qui revient.

On fait des choix, on les assume ; on les regrette parfois. Puis non, finalement. Parce qu’on est bien quand même. Dans ce cocon. En dehors de tout. Peut-être trop parfois. Si bien qu’on se coupe un peu des autres.

C’est que ça nous chahute un peu les autres. Quand ils arrivent, avec leurs codes qui ne sont pas les nôtres. Qui nous heurtent, nous bousculent. Qui nous percutent parfois. Toute la difficulté de la rencontre. Laisser filer. Lâcher un peu.

On croit bien se connaitre. Suffisamment en tout cas. Et des souvenirs plein la tête, on essaie de recommencer. Mais non. Le temps est passé par là, et on n’appréhende plus les choses comme avant. On a grandi, on a vieilli, quoi qu’on en dise. Et eux aussi. Eux surtout, qui vieillissent l’air de rien. Ils prennent le temps de vieillir doucement. Et ne comprennent plus soudain ce besoin de vitesse. Parce que pour nous le temps manque, étonnamment, quand pourtant il nous en reste plus à nous qu’à eux. Peut-être alors qu’ils le savourent ce temps. Peut-être aussi qu’ils n’ont plus l’énergie suffisante, même s’ils ne le disent pas, même s’ils s’en cachent un peu. Pour eux plus que pour nous sans doute. Ils se préservent. Nous n’en sommes pas dupes. Et de loin nous les regardons vieillir.

Amoureux

Quand nous sommes arrivés au Bout du Bois, notre première mission a été de trouver une nounou aussi chouette que Z. qui gardait Petit Gris à Paris: entourante, aimante, dynamique, rassurante, patiente, honnête… Bref, une nounou qui aime son métier, qui soit chouette avec les enfants et en dialogue avec les parents.

Après une première tentative ratée (on avait privilégié l’emplacement idéal de cette dernière, pile poil entre la maison aux volets bleus et la gare, plutôt que de suivre notre instinct qui nous disait que quelque chose clochait), nous sommes tombés sur la fée Carabosse et avons récupéré au bout d’une semaine un Petit Gris en pleurs et tout déboussolé.
Alors nous sommes repartis, la boule au ventre, dans cette ville que nous ne connaissions pas encore, à la recherche de la perle rare. Et nous avons rencontré Dame Tartine.

Petit Gris a beaucoup pleuré au début. Changer de maison, changer de ville, changer de nounou, changer de rythme… Du haut de ses 18 mois, ça faisait beaucoup. Mais Dame Tartine a pris le temps dont il avait besoin, pour le rassurer et pour l’aider à se créer de nouveaux repères. Il faut dire que pour l’aider dans cette mission, elle a de bons alliés. Piou-Piou d’abord, son inséparable bras droit, qui vient à bout de presque tous les chagrins. Et puis aussi les autres mini-pouces qu’elle a déjà en garde et qui l’aident à accueillir les plus petits, à les mettre à l’aise.

Quand Petit Gris est arrivé, c’était L., jolie blondinette, la grande de la bande. L. a vite pris Petit Gris sous son aile, aidant Dame Tartine à sécher ses larmes en partageant la boîte de légos et la collection de Oui-Oui. Petit Gris parlait tout le temps d’elle. Il était tout heureux le dimanche soir, de savoir qu’il la verrait le lendemain.

L’année est passée et L. est entrée en maternelle. Au début, Petit Gris continuait à parler d’elle presque tous les jours. Et petit à petit, son prénom revenait moins souvent dans sa bouche.

Une année est passée encore et Petit Gris est devenu l’un des plus grands des mini-pouces chez Dame Tartine. Il a vu arriver d’autres enfants avec qui il partage à son tour la boîte de légos et la collection de Oui-Oui. Il s’est fait de nouvelles copines.

Et puis, il y a quelques jour, la petite M. a fait son premier jour d’adaptation. Et Dame Tartine m’a envoyé cette jolie photo:

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Petit Gris l’a appelée L. toute la journée…

Appartenance

Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était un 8 juillet. L’excitation de ce nouveau départ me faisait oublier la fatigue imposée par cette vie toute nouvelle qui grandissait en moi. Nous avions fait un premier voyage la veille et préparé un petit coin douillet pour Petit Gris, pour sa première nuit. 16 mois et sa première virée sans ses parents. Nous l’avions confié pour l’occasion à ses grands-parents qui se sont acquittés de leur tâche à merveille, s’activant même pour faire plus encore et préparer au mieux notre arrivée le lendemain.

Je me souviens de ce petit matin déjà trop chaud, du soleil qui tapait sur les vitres de l’appartement. Grandes baies vitrées plein sud à Paris, nous n’arrivions pas à trouver l’air dont nous rêvions. Les amis qui sont arrivés petit à petit. Une petite attention pour chacun, café pour les uns, chocolat ou thé pour les autres, le plaisir d’avoir choisi une dernière fois la bonne boulangerie pour partager avec eux les meilleures viennoiseries du quartier, et puis ces litres d’eau en perspective.

Et puis c’était parti. 1 camion, 2 voitures, et quelques mètres cubes de notre vie à y entreposer délicatement, les copains qui jouent à Tétris avec nos affaires, quelques mots de travers mais pas trop, beaucoup de rires surtout. Puis les portes qui se referment, on est en nage, on est pressés, on est impatients. On passe faire une dernière bise aux fleuristes. Je me demande s’ils vont me manquer. J’ai toujours aimé leur douce bienveillance.

Le camion part, MC aux commandes. Suivent plusieurs voitures, les amis nous accompagnent jusqu’au bout. La route défile, Paris s’éloigne, nous laissons derrière nous l’effervescence de la vie parisienne. Un autre territoire s’offre à nous, nous traversons les champs, puis cette forêt, majestueuse comme toujours, ces pins qui nous tendent les bras, l’odeur de résine, de sous-bois qui nous accueille.

Les volets bleus encadrent les 4 portes fenêtres grandes ouvertes. L’air circule ici malgré la chaleur. Petit Gris se précipite de son pas encore  maladroit, accroché au doigt de sa grand-mère. Il ne marche pas tout à fait encore, mais on sent déjà que cet espace qui s’offre à lui lui donne envie de se lancer.

On s’active, on décharge et je bénie les gommettes de MC qui renvoient les cartons dans les pièces qui vont bien.
Il fait moins chaud déjà, c’est l’heure de se poser enfin, de dire merci autour de l’apéro. D’autres nous rejoignent encore, les bras chargés de pizzas maison, de pissaladières et de salades en tout genre. Nous inaugurons le barbecue. C’est le bazar, c’est joyeux, nous nous délectons de cette chance de les avoir si nombreux autour de nous et du plaisir de leur offrir cet espace-là, de les faire aussi se sentir un peu chez eux, qu’ils se sachent les bienvenus, que cette maison est ouverte, vivante avant tout, là pour accueillir et permettre les rencontres. Et de savoir qu’ils reviendront, pour se mettre les pieds sous la table cette fois.

C’était il y a 2 ans. La maison aux volets bleus les a vus défiler encore tous ces amis. Pour partager quelques bières, fêter la naissance d’Orangette, mettre les pieds sous la table, aider à casser des murs, ranger la réserve de bois, se reposer, partager le repas du Nouvel an chinois, faire la sieste à l’ombre du grand pin, poser le parquet, regarder les enfants grimper dans le sapin au fond du jardin, fêter les rois, aider Petit Gris à souffler 2 puis 3 bougies, installer le potager, couper et élaguer les arbres, ne rien faire se balader, partager un repas, fumer une cigarette, boire un verre de vin, apprendre à Petit Gris à faire de la trottinette, donner la main à Orangette, se réunir autour du barbecue, prendre un café …

C’était il y a 2 ans. J’ai déjà des souvenirs plein la tête. Et quand je regarde cette maison, ce jardin, cet espace, quand j’emplie mes poumons de cet air si particulier qui vient de la forêt, j’ai cette sensation si forte d’appartenir entièrement à ce lieu.

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Portraits du dimanche #3 – portraits sous bobs au potager

Portrait craché, portrait-robot, portrait en pied, portrait de dos, tirer le portrait, portrait de famille, brosser le portrait…

Au bout de notre banc, le dimanche, c’est le jeu des portraits !

Portraits du dimanche 14 juillet, avec bien du retard… Aujourd‘hui, portraits sous bobs au potager!

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