J’espère que je saurai vous dire

Mes enfants,

Ces derniers jours, des femmes et des hommes sont morts en France, sous les balles de jeunes emportés dans leur folie. Au nom d’un prophète qui ne leur a rien demandé, ils ont pris les armes, et sont sortis tuer.

Partout en France, nous avons été bouleversés. De la mort de ces gens que nous ne connaissions pas, ou pas vraiment. Des policiers, des civils, des dessinateurs et chroniqueurs de Charlie Hebdo, ce journal satirique que nous connaissions tous. L’un de mes anciens professeurs aussi, qui faisait partie de la bande à Charlie.

Partout en France, nous avons été choqués, bouleversés, tristes, en colère. Avec votre père, nous avons préféré ne pas vous en parler directement. Parce que vous êtes encore si petits. Parce qu’il nous semblait encore trop tôt pour vous faire sauter à pieds joints dans cette réalité-là.

Et pourtant. Vous avez du sentir qu’il se passait des choses, que nous étions inquiets. Vous avez entendu des mots, vous avez vu les images de ces rassemblements dimanche que nous suivions sur nos écrans, vous avez vus ces barrières apparaitre près de la crèche et de l’école.

Quand il sera temps, j’espère que je saurai trouver les mots pour vous raconter ce monde. Pour vous dire que ces hommes qui ont tué sont des hommes qui sont fous. Qu’ils sont minoritaires, mais qu’ils font beaucoup de mal. Pour vous dire que des fous tuent ailleurs également et que ces morts aussi nous les pleurons. Pour vous dire qu’il ne tient qu’à nous de construire une société plus juste. Qu’on ne peut pas vivre, grandir, se construire dans la haine. Qu’il est de notre responsabilité, à votre père et moi, aux adultes qui vous entourent, de vous faire grandir en vous donnant le sens du collectif, pour que vous sachiez éviter nos erreurs, et construisiez une société plus juste.

Bien que la tentation soit forte parfois, ce serait un erreur que de vous faire grandir dans une bulle. Alors je vous promets que je ferai tout mon possible pour vous donner des clés de compréhension du monde, pour que vous puissiez grandir armés de connaissances qui vous aident à vivre dans ce monde, pour que vous participiez pleinement à faire des choix de société éclairés, pour que votre pensée ne soit pas entachée des propagandes et des extrêmes. Je vous promets de faire tout mon possible pour vous aider à devenir un homme et une femme libres.

On n’est pas gentils, on est contents

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« On n’est pas gentils, on est contents. La gentillesse, ça n’existe pas. »

Ce matin dans les transports. Réponse d’un jeune homme à un « Parlez-moi gentiment » qui failli virer en altercation. 
Et moi d’y repenser.
Je ne demande pas souvent aux enfants d’être gentils avec les gens. Je leur demande plutôt d’être polis. Je leur dis parfois d’être gentils entre eux, et avec les copains aussi. Mais au fond, ça veut dire quoi? De n’être pas méchant gratuitement. De ne pas tirer les cheveux de son frère. De ne pas piquer la poupée de sa soeur. De ne pas prendre le tractopelle pour renverser du sable sur la tête de son frère. De ne pas utiliser son râteau pour taper sur sa soeur. Ca laisse des traces.

Bon. Ca ne va pas nous mener loin tout çà. Et puis Catherine Dolto a déjà bien résumé tout çà dans son livre « Gentil méchant ».

Pourtant cette petite phrase continue a me trotter dans la tête. Ce n’est donc pas là, au niveau des enfants, que se situe ma réflexion. Alors je m’y remets, je m’interroge. Et pour moi, ça veut dire quoi? Ce qui est sûr, c’est que je suis souvent bien plus aimable, et donc gentille, par voie de conséquence, quand je suis contente. Je suis contente quand je suis sereine. Et je suis sereine quand je suis rassurée. Tout réside donc ici. Dans cette capacité à être rassurée.

Est-ce que cela fonctionne pareil chez mes enfants?

2013 entre parenthèses

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Une année pour se réhabituer à se rendre à Paris, à se lever tot, à prendre le train, à courir après le temps, à retrouver le bonheur de retrouver notre nid si loin du bruit.

Une année à l’accompagner, pour l’aider à grandir, à être rassurer, à apprendre à se détacher un peu pour mieux revenir. Une année de rentrée, où l’on a appris ensemble à apprivoiser l’école. Une année pleine de ses copines et copains qui viennent à la maison et peuplent ses conversations. Une année à grande vitesse, où les apprentissages sont venus bousculer la fin d’année, avec tant de fierté. Une année pleine de malice et de ses rires coquins. Une année à grimper sur les rochers, à explorer les recoins du jardin, à chasser les dragons, à mâter les vilains loups à grands coups de cactus, à construire des routes et des engins de chantiers, à ramasser les feuilles et les pommes de pin, à coller des gomettes et des autocollants, et à l’admirer dessiner ses premiers ronds.

Une année à la regarder pousser, essayer, tomber, recommencer, à applaudir ses premiers pas, ses premiers mots. Une année à la câliner, à l’encourager, à la réconforter, à admirer sa ténacité, à aimer son rire plus que tout et ses bisous si coquins et si doux.

Une année à les regarder tous les 2, se chercher, se réclamer, se chamailler.

Une année pour nous retrouver, à deux, juste nous deux. Notre première journée en amoureux, sans eux. Une année à nous soutenir aussi pour faire face quand tout vacille, quand on a eu envie de claquer la porte. Une année pour imaginer comment ça pourrait être autrement, ailleurs, pour être prêts si jamais.

Une année pleine d’amitié, pour retrouver les vieux copains, les bons amis, savourer le plaisir de se retrouver, et prendre le temps de se revoir vraiment. Une année de belles rencontres aussi, dans cette ville qui devient nôtre, petit à petit.

Une année où le vent n’a pas toujours soufflé dans le bon sens. Une année où l’on s’est serrés les coudes, où l’on a tenu bon, ensemble, où l’on s’est entourés, où l’on a entouré. Et l’on tient bon encore.

Une année de grand retour de mon frérot et de sa belle. Le plaisir de se retrouver, d’apprendre à mieux se connaître et de bien belles choses à venir.

Une année de naissance. Où je suis devenue tata. Où je suis devenue marraine aussi.

Une année sans grand projet, sinon celui de continuer à nous construire,  d’être bien à 4, de parfaire notre routine, celle qui nous appartient et ne ressemble qu’à nous.

Penser à…

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Penser à ce qu’on va manger cette semaine, à faire la liste de courses, à lancer le lave-vaisselle, à couper le gaz, à regarder dans son sac s’il y a un mot de la maîtresse, à signer le mot, à vérifier s’il reste des couches, à passer une commande de couches, à faire à manger pour demain soir, à sortir le linge de la machine à laver avant qu’il ne sente le moisi, à préparer leurs affaires pour demain, à leur prendre rdv chez le médecin pour le certificat médical, à envoyer ce colis à la poste pour cette petit puce qui vient de naître, à écrire à Marie-Sirène pour lui dire que je pense à elle, à appeler la mairie pour leur dire ce que je pense des dames du car le soir, à appeler l’assurance pour arrêter le contrat de la voiture vendue il y 15 jours déjà, à retrouver son doudou perdu, à recoudre son doudou-dodo, à prévoir un mode de garde pour les prochaines vacances, à leur faire faire des photos d’identité, à ramasser les pommes et les châtaignes, à éplucher les pommes avant qu’elles ne pourrissent, à répondre à mes mails, à sortir la poubelle le lundi soir et pas le mardi, à faire les démarches pour les cartes d’identité, à prévenir Dame Tartine que mercredi prochain on fait autrement, à appeler la fille du Bon coin, à retrouver le petit copain de Monsieur Pabobo, à lui acheter des chaussettes, à prendre rdv chez ma sage-femme, à vérifier si ce pantalon lui va encore, à commencer à penser aux vacances de Noël et pourquoi pas de cet été tiens tant qu’à faire, à prévoir la salade de fruits pour la collation de mardi, à sortir les mangues du riz avant qu’elle ne soient trop mûres encore une fois, à éteindre le feu sous les pommes avant qu’elles ne crament encore une fois…
Qui a dit qu’il nous restait du temps de cerveau disponible, déjà?

Ce temps qui passe

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Le temps de tout, le temps de rien. Ce temps qui passe, ce temps qui file. Ce temps dont j’aurais tant besoin et tout le temps ce besoin qui revient.

On fait des choix, on les assume ; on les regrette parfois. Puis non, finalement. Parce qu’on est bien quand même. Dans ce cocon. En dehors de tout. Peut-être trop parfois. Si bien qu’on se coupe un peu des autres.

C’est que ça nous chahute un peu les autres. Quand ils arrivent, avec leurs codes qui ne sont pas les nôtres. Qui nous heurtent, nous bousculent. Qui nous percutent parfois. Toute la difficulté de la rencontre. Laisser filer. Lâcher un peu.

On croit bien se connaitre. Suffisamment en tout cas. Et des souvenirs plein la tête, on essaie de recommencer. Mais non. Le temps est passé par là, et on n’appréhende plus les choses comme avant. On a grandi, on a vieilli, quoi qu’on en dise. Et eux aussi. Eux surtout, qui vieillissent l’air de rien. Ils prennent le temps de vieillir doucement. Et ne comprennent plus soudain ce besoin de vitesse. Parce que pour nous le temps manque, étonnamment, quand pourtant il nous en reste plus à nous qu’à eux. Peut-être alors qu’ils le savourent ce temps. Peut-être aussi qu’ils n’ont plus l’énergie suffisante, même s’ils ne le disent pas, même s’ils s’en cachent un peu. Pour eux plus que pour nous sans doute. Ils se préservent. Nous n’en sommes pas dupes. Et de loin nous les regardons vieillir.

Réenchanter le monde

J’ai assisté il y a quelques jours à une conférence dans laquelle intervenait Philippe Meirieu. Son nom ne m’était pas inconnu, mais je n’avais encore jamais eu l’occasion de l’entendre. Et j’avoue que j’ai été séduite par l’intelligence de ses propos. Un homme de recherche, militant et engagé, il faut bien dire que ça ne court pas les rues. Une professeur d’université, docteur en sciences de l’éducation, qui défend la conjugaison de l’éducation formelle et non formelle, je n’en avais encore jamais rencontré. Il faut dire aussi que l’éducation nationale n’est pas la seule à poser des barrières; les militants de l’éducation populaire – informelle, non formelle, au développement, à la solidarité, appelez-là comme vous voulez – sont tout aussi doués pour se retrancher derrière des barricades. Autant dire que je vis depuis des lustres dans un courant de pensées qui se veut progressiste mais qui est parfois parfois un peu étriqué sans le vouloir. Alors les conférence qui permettent de m’ouvrir un peu l’esprit, moi, ça me fait un bien fou.

Bref, j’ai été tout à fait séduite par les propos de Philippe Meirieu, et du coup j’ai eu envie d’en savoir un peu plus et de lire certains de ses textes. Il a un « site officiel » (et s’en explique d’ailleurs), ça tombe bien. Et en farfouillant un peu, je suis tombée sur ce texte, « Réenchanter le monde », qui m’a paru tellement juste.

Fée clochette Régis Loisel

(c) Régis Loisel – Fée Clochette

Je ne sais pas, peut-être que je débarque un peu. Quelques recherches rapides sur Internet ont l’air de montrer que beaucoup de disciplines se sont emparées de l’idée de réenchantement du monde ces dernières années, et que l’idée d’un monde qui aurait « perdu son sens » (préalable à l’idée d’un réenchantement nécessaire), porte à caution. Je vais creuser un peu plus là-dessus. En attendant, je vous laisse avec le texte de P. Meirieu, parce que malgré tout, moi, il me parle.

Voilà déjà quelque temps que les psychologues nous expliquent qu’il faut savoir dire non à nos enfants. Ils ont, bien évidemment, raison. Aucun enfant ne peut grandir s’il n’est capable de renoncer à ses caprices, de surseoir à ses impulsions et de comprendre qu’il est des interdits fondateurs sans lesquels son existence et celle de ses semblables seraient menacées. Grandir n’est rien d’autre, au fond, qu’accepter progressivement de ne plus être au centre du monde. Et, pour cela, grandir, nécessite l’accompagnement d’un adulte qui sache marquer les limites, non pour le plaisir de frustrer l’enfant, mais pour lui faire entendre que, derrière le renoncement du moment, existe la promesse d’un futur. Le non n’est crédible – et, d’ailleurs, il n’est entendu – que s’il est porteur d’un oui…

Voilà ce que nous devrions avoir en tête quand nous parlons de « crise de l’autorité ». Car l’autorité n’est pas la contrainte ; elle est, précisément, le pouvoir de se faire obéir sans contrainte… au nom d’un idéal partagé, de la promesse d’un avenir, d’une satisfaction future possible qu’on est capable de faire entrevoir. Voilà ce que nous devrions nous rappeler quand nous déplorons les insubordinations d’une jeunesse qui, en réalité, nous demande : « Pourquoi renoncerai-je au plaisir du moment, à la jouissance immédiate, à l’expression de mes pulsions archaïques… puisque tu n’as rien à me proposer de crédible en échange ? ». Pourquoi obéir à des adultes qui n’ont aucune vision de l’avenir, qui ont désespéré de changer le monde, qui se satisfont d’une déploration permanente et cherchent simplement, chacune et chacun, à tirer leur épingle du jeu ?

Et ce n’est pas un des moindres paradoxes que la sempiternelle rengaine sur « les jeunes d’aujourd’hui qui ne respectent plus rien » se retrouve, le plus souvent, dans la bouche d’adultes qui se complaisent dans une esthétique de la désespérance, quand ce n’est pas dans une exaltation jouissive de la décadence. Rien n’est mieux porté aujourd’hui que le désespoir : « Le monde va à sa perte, les grands récits politiques et religieux n’ont plus cours, on ne parviendra pas à endiguer le flot du crétinisme, de l’intolérance et de la barbarie… Faisons des livres, des films et des chansons pour trouver simplement un peu de plaisir à contempler l’inévitable apocalypse… la dernière chose qui nous reste avant le grand saut dans le vide ! Tout le reste n’est que niaiserie ! L’espérance est le lot des débiles ! ».

Certes, l’engagement et l’idéal ne sont pas particulièrement « sexys », comme on dit aujourd’hui. Avouons le simplement :Si tous les gars du monde…, cela fait rire. Et pourtant : la jeunesse aurait bien besoin qu’on lui propose un projet. Elle nous échappe parce que nous avons déserté le futur. Pour « restaurer l’autorité », il faut d’abord réenchanter le monde.

Maman, je voulais te dire…

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Il y a peu de temps encore, je ne comprenais pas l’importance que revêtait la fête des mères pour ma mère. Je me souviens encore d’une bouderie commune après que j’eus oublié de passer l’inévitable coup de fil pour la lui souhaiter. Et du haut de mes 20 ans de m’insurger contre cette fête commerciale et qui plus est pétainiste.

Puis j’ai grandi, un peu. Et j’ai commencé à apprendre à écouter un peu plus les ressentis des autres. Et j’ai fini par comprendre qu’au-delà de mes convictions, l’important ce jour-là n’était pas tant d’accepter ou de refuser de « célebrer » ma mère, mais plutôt de lui offrir ce plaisir simple puisqu’il est important pour elle.

Puis j’ai grandi encore, et j’ai compris, intellectuellement, pourquoi ce jour est important pour elle. J’ai compris qu’elle attendait juste de ses enfants qu’ils lui disent, ce jour là, qu’ils sont heureux de l’avoir pour maman. En tant qu’adulte aujourd’hui, je crois que je lui dis aussi, au travers de ce simple « bonne fête », que je sais qu’elle a été la meilleure des mères qu’elle pouvait être, peu importe nos disputes d’autrefois, que je sais qu’elle est aujourd’hui encore la meilleure des mères qu’elle peut être, peu importe nos désaccords actuels, que je sais que depuis toujours elle fait du mieux qu’elle peut avec ce qu’elle est et ce qu’elle traverse au moment où les choses se vivent. Et que je la remercie pour ça.

Et puis un jour j’ai eu un fils, et je suis devenue mère à mon tour. Puis j’ai eu une fille, et je suis devenue mère une nouvelle fois, différemment. Et ce que je croyais comprendre intellectuellement, je l’ai ressenti du fond de mes tripes. Et je le ressens chaque jour qui passe. Et aujourd’hui enfin je comprends quand mère me dit que l’on est mère toute sa vie. Aujourd’hui je saisi vraiment, finalement, l’amertume qu’elle a pu ressentir pour ce coup de fil oublié dans l’insouciance de mes 20 ans. Aujourd’hui, vraiment, j’ai envie de lui dire « bonne fête maman ».

Hier, pour la première fois, mon fils a su me dire « bonne fête maman ». Et c’est avec un infini plaisir que j’ai reçu ce si joli cadeau.

Le juste fruit

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Ca fait longtemps que je voulais parler ici de l’association Peuples solidaires. Parce que Peuples so (pour les intimes), c’est une association intelligente, avec des gens intelligents qui proposent des actions intelligentes… qui fonctionnent vraiment. Et ça, c’est pas rien.

La bataille de Peuples solidaires, c’est de défendre les droits humains, et surtout d’aider à se défendre,  ceux qui se battent pour le respect de leurs droits dans les pays dits du Sud. Peuples so accompagne le plus souvent des travailleurs dont les droits les plus simples ne sont pas respectés (conditions de sécurité, conditions sanitaires, non respect des lois locales ou des contrats de travail, salaires indécents, etc.). La première chose que fait l’association, c’est de faire entendre leurs voix, puis de faire pression sur les décideurs, les responsables de ces situations. Pour cela, l’association a développé un outil formidable: les Appels urgents. Ce sont des campagnes de lettres et de mails adressées à des entreprises ou des gouvernements pour exiger d’eux le respect de certains droits fondamentaux. Et ça fonctionne, vraiment. Parce que quand le PDG de Carrefour ou de Disney reçoit des lettres par centaines, des mails par milliers qui font planter sa boîte mail, et qu’à cela s’ajoute une médiatisation de l’histoire, alors ils ont un peu peur de voir écornée leur image, et accepte d’aller regarde d’un peu plus près leurs responsabilités. Le succès n’est pas systématiquement au rendez-vous, mais il y en a eu, et de beaux: Mattel, Adidas, Chiquita… ils sont nombreux à avoir pris le temps de répondre à ces Appels urgents, et à mettre en œuvre des changements au sein de leurs organisations à la suite de ces derniers. Parce que quand on est nombreux à faire entendre notre voix, cela peut vraiment avoir un impact. Et que oui, parfois, une signature peut faire la différence.

PostHomePeuplesSoDernièrement, Peuples solidaires a lancé un Appel urgent pour soutenir les organisations équatoriennes et latino-américaines qui réclament des conditions de travail décentes dans les plantations de bananes du groupe Noboa.

Son nom est peu connu du grand public mais ses bananes « Bonita » inondent nos marchés : Noboa est la 5ème plus grande multinationale de la banane, le fruit le plus vendu dans le monde. L’activité est effectivement lucrative pour son patron multimillionnaire Álvaro Noboa, l’homme le plus riche d’Equateur… mais elle profite beaucoup moins à celles et ceux qui s’échinent dans les plantations. Violations massives des droits, répression syndicale, salaires indécents durent depuis trop longtemps : les organisations équatoriennes et latino-américaines en appellent à la solidarité internationale pour exiger un changement.

>> Pour en savoir plus et signer l’Appel Urgent, il suffit de cliquer ici.

>> Et pour en savoir plus sur Peuples solidaires, c’est par !

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De génération en génération…

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J’ai toujours aimé Noël. De la décoration du sapin à l’indigestion de chocolats, en passant par les longues soirées au coin du feu et les retrouvailles entre cousins. J’ai toujours aimé les petites traditions familiales inventées ici et là au fil des années, et qui se sont imposées comme telles, nous rassemblant autour de souvenirs communs.

Chaque année, mon père achetait le sapin le dernier week-end avant Noël. Du coup, on a souvent adopté des sapins décharnus, tous tordus. On leur faisait une place à la maison, bougeant plantes et canapés pour s’assurer que le Père Noël trouverait sans mal le chemin de son pieds et de nos petits souliers. Puis commençait le temps de la décoration au rythme de chansons de Noël allemandes, offertes par une correspondante il y a bien longtemps. Ma sœur et moi composant ce sapin avec délicatesse et précision, et mon père et mon frère venant y ajouter guirlandes et étoile des seventies en pouffant comme 2 enfants. Puis le 25, le plaisir d’aller sauter sur le lit des parents pour les réveiller (oui, bon, ça ça a fini par passer!), et de découvrir les cadeaux au pied du sapin, les ouvrir en pyjama, les cheveux en pagaille et les sourires traversant nos visages d’une oreille à l’autre, l’oeil pétillant de découvrir les surprises réservées à chacun. Un bol de chocolat chaud, et c’était le grand départ pour aller retrouver les cousins, dans cette maison de campagne où nous arrivions systématiquement en retard.

Et puis il y avait Pépé, mégot éteind àu coin des lèvres, qui passait 3 semaines avec nous et ramassait les feuilles du jardin. Pépé et sa casquette, pépé au ongles trop longs et aux joues rapeuses. Pépé qui sentait bon le tabac froid.

Puis les années passent, la vie est passée par là, chacun a fait du chemin, et je n’ai plus 7 ans.

Alors cette année, on délocalise Noël. On fêtera Noël autour de notre sapin, de notre cheminée. Cette année on se recentre, on part de nous, de ce petit noyau familial naissant. Cette année on bouge les lignes établies et on s’invente de nouvelles traditions.

Mais cette année, je sais aussi que l’étoile de mon enfance aparaîtra en haut de mon sapin le 25 au matin. Cette année, je sais que Petit Gris poussera sa brouette pour aider son grand père a ramasser les feuilles de notre jardin. Cette année, je sais que notre maison sentira bon les soupes de  ma maman. Cette année, on prend la suite, et quelque chose se continue. Ailleurs, autrement. Mais le lien est toujours là, inscrit dans une histoire familiale.

édit: c’est quand même mieux avec la photo!

Je me demande…

Je me demande si nous nous aimerons toujours, si nous saurons surmonter les crises. Je me demande combien de fois nous nous ré-épouserons. Je me demande à quoi nous ressemblerons quand nous serons vieux.

Je me demande comment il est possible, dans une même journée, de se sentir à la fois si heureuse et comblée, et si triste et désemparée. Je me demande combien de temps je vais réussir à partitionner ma vie. Je me demande si je vais réussir à ne pas devenir folle.

Je me demande ce que je vais faire de toute cette colère. Je me demande si mes proches se rendent comptent que j’ai en moi toute cette colère. Je me demande s’ils sauraient m’aider à trouver quoi en faire si je leur en parlais. Je me demande si parfois je n’en parle pas trop, justement.

Je me demande comment il est possible d’aimer aussi fort. Je me demande comment font les autres pour canaliser cet amour qui déborde, pour ne pas se laisser envahir et ne pas inonder l’entourage de cet amour-là qui ne regarde que nous.

Je me demande pourquoi Petit Gris me paraît si fragile, et Orangette si forte. Elle est pourtant si petite encore. Je me demande si mon regard sur eux ne les enferme pas à une place qu’ils ne se sont pas choisis. Je me demande si je saurai faire fi de mes propres projections, et leur laisser toute liberté de grandir comme ils l’entendent.

Je me demande si je saurai les protéger comme il le faut. Je me demande si je ne les protège pas trop déjà.

Je me demande s’ils seront vraiment bilingues. Je me demande si je supporterai qu’ils le soient, si la fierté prendra le dessus sur la frustration de ne pas comprendre et de ne pouvoir participer. Je me demande s’il saura faire en sorte que je ne me sente pas exclue. Je me demande si ma peur ne freinera pas leur apprentissage.

Je me demande pourquoi je les appelle plus souvent par toutes sortes de petits noms plutôt que par leurs prénoms. Je me demande jusqu’à quel âge je leur donnerai ces petits noms. Je me demande à quel âge ils me demanderont d’arrêter. Je me demande pourquoi leurs prénoms étaient comme des évidences. Je me demande s’il les aimeront.

Je me demande si un jour je ferai la paix avec ma mère. Je me demande si un jour Orangette se posera la même question.

Je me demande si un jour j’arrêterai de m’activer le soir avant MC. S’il prendra la relève.

Je me demande si aujourd’hui Bourricot est vraiment allé au lycée. Et s’il ira demain. Et après-demain.

Je me demande si Petit Gris bavera encore pour sa rentrée en maternelle. Et s’il sera « propre ». Je me demande si Orangette bavera aussi.

Je me demande quel homme et quelle femme ils seront.

Je me demande où mon frérot passera Noël cette année. Et s’il pensera un peu à nous.

Je me demande pourquoi ce blog, au fond. Je me demande pourquoi je n’arrive pas vraiment à le tenir et si j’y arriverai un jour. Je me demande pourquoi j’aime autant lire les blogs des autres. Je me demande pourquoi je pleure si souvent devant certains billets. Et pourquoi je continue à le faire le matin alors que je suis dans le train et que ça me met mal à l’aise. Je me demande si j’ai vraiment retrouvé un taux d’hormone normal après la naissance d’Orangette, parce que quand même j’ai des réactions un peu bizarres parfois.

Je me demande ce que me réserve 2013, et si cette prochaine année sera à la hauteur de 2012.

Je me demande ce que mes collègues pensent de moi. Je me demande pourquoi je me demande cela. Je me demande pourquoi je n’arrive pas à ne pas m’impliquer et à laisser couler. Je me demande si un jour je saurai lâcher prise.

Je me demande s’il y en aura un troisième.

En écho à Marie de « Les Mamans testent », Isa, Clem, 8 à la maison, Marjoliemaman, et bien d’autres sur la toile!