Youpi, l’école est finie!

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Lui, je ne sais pas, mais moi, ça me met en joie. Réminiscence sans doute de ces bouts d’enfance, ces moments d’attente partagés avec les frangins et les copains, ce jour attendu avec tant d’impatience: la fin de l’année scolaire.

Et la perspective de ces 2 longs mois d’été, de l’odeur du soleil sur la place devant la maison, du plaisir de camper, d’un peu plus de liberté…

Petit Gris, quant à lui, ne dit pas trop. Il rapporte ces mots que l’on attend de lui, ceux entendus et maintes fois répétés par la maîtresse, par Dame Tartine, par les adultes autour de lui:
Alors ça y est, c’est les vacances! Tu dois être content!
– oui.

Les vacances ne réveillent pas encore pour lui de souvenirs. Sa temporalité est encore quasi uniquement dans le moment présent. Les vacances, ça veut juste dire que l’école est finie. Quelque chose, dans sa vie, s’arrête. Mais demain, s’il n’y a pas école, qu’est-ce qui se passe?

Alors on explique, on rassure, on raconte, on se souvient ensemble, on regarde des photos.

Et ce soir, une fois de plus, on fabrique un calendrier spécial vacances pour Petit Gris.

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Ces choses de rien

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J’avais parlé ici du temps nécessaire à Petit Gris pour se faire à son nouveau rythme, à se créer ses nouveaux repères et de la difficulté pour l’école de lui accorder ce temps dont il avait besoin, de gérer la manière dont cela s’exprimait chez lui.

A la rentrée, Petit Gris était « propre » à la maison, jour et nuit, mais pas à l’école, ni au centre de loisir. Trop de choses à penser, à intégrer, à digérer, pas encore rassuré, trop d’émotions qui débordent. Chaque enfant est différent, chaque enfant exprime ses difficultés différemment. Il y en a qui pleurent, d’autres qui crient, certains ont du mal à manger, d’autres à dormir. Petit Gris l’a exprimé encore autrement. Et trois changes dans une journée, c’était visiblement trop pour son Atsem.

L’organisation de notre vie familiale nous amenait à n’avoir aucun contact avec l’école. Centre de loisir le matin, puis car scolaire et nounou le soir. Cela n’a sans doute pas aidé, ni à rassurer Petit Gris, ni à nous permettre à nous, adultes – parents, maîtresse et Atsem – de créer ce lien nécessaire pour avoir confiance les uns en les autres.

Au bout d’une semaine ½, nous avons reçu un coup de téléphone de la maîtresse qui nous informait que cela ne « s’arrangeait » pas pour Petit Gris et que cela commençait à devenir compliqué. Le vendredi soir où je l’ai eu au téléphone, je ne la sentais pas dans le dialogue, mais plutôt dans la plainte et l’agacement face à une situation qui ne facilitait pas le fonctionnement de la classe et qui lui échappait. Quant à moi, j’étais très déstabilisée et à fleur de peau. Au-dessus de nos têtes, le risque que l’on nous demande de retirer Petit Gris de l’école tant que le « problème » ne serait pas réglé. J’ai préféré éviter cette conversation à chaud et ai demandé à la maîtresse que l’on se rencontre rapidement pour en discuter calmement et réfléchir ensemble à une solution. Le rendez-vous a tout de suite été pris pour le mardi suivant et nous nous sommes mises d’accord pour une présence de Petit Gris lors de ce dernier.

Le mardi suivant, une fois tous les autres enfants partis, nous sommes donc restés, Petit Gris, son papa et moi, dans la classe de Petit Gris. Une fois tous installés sur les petites chaises, sa maîtresse a commencé notre rendez-vous de manière très positive, en félicitant Petit Gris qui n’avait pas eu un seul « accident » les 2 jours précédents, en lui disant que tous nous étions fiers de lui et qu’il n’y avait pas de raison que cela ne continue pas. Dans sa tête, les choses étaient réglées. Nous avons donc continué la conversation sur d’autres sujets.

Je ne sais pas ce qui s’est passé pour Petit Gris pendant le week-end pour qu’il se sente finalement suffisamment rassuré à l’école. Pendant ces deux jours, nous avons essayé tout un tas de petites choses avec lui. Je ne sais pas laquelle de ces petites choses de rien a été la plus utile ou si c’est la somme de toutes cela mis bout à bout qui a eu un écho chez mon fiston. Mais depuis ce jour-là, nous n’avons plus jamais trouvé de sac pastique dans le cartable de Petit Gris à son retour de l’école.

Au final, Petit Gris s’est « adapté » à son nouvel environnement en une semaine ½. Moi, je trouve qu’il a fait vite. Personnellement, il me faudrait bien plus que ça pour me sentir à l’aise dans un nouveau job par exemple. Alors, j’ai eu envie de partager. Cette pression de l’école a été tellement angoissante, pour lui, pour nous, que si ces petites choses que nous avons essayées avec Petit Gris peuvent en aider d’autre, c’est tant mieux ! Ce n’est pas une recette, juste des choses de rien, des petits trucs qui pour lui ont été déclencheur.

  • D’abord, on a parlé. Beaucoup. Différement sans doute aussi. J’ai pris le temps d’être seule avec lui pour lui dire notre inquietude, lui dire que ce n’était pas grave, mais que nous essayions de comprendre.
  • Je lui ai expliqué le fonctionnement du corps humain, ce que sont les selles et l’urine, ce qui fait que l’on peut retenir un temps, mais qu’il ne faut pas trop attendre.
  • Nous lui avons expliqué que nous allions rencontrer sa maitresse. Que nous nous sentions tous concernés, que nous nous demandions pourquoi il avait ces « accidents » à l’école, et que nous souhaitions en parler tous ensemble.
  • J’ai insisté sur le fait que le rendez-vous avait lieu dans sa classe et qu’il pourrait donc me faire la visiter, me montrer le petit lit ou il dort, là où il aime jouer, etc. C’est MC qui l’a accompagné pour sa rentrée et je crois que c’était important aussi qu’il me voit entre ces murs.
  • Nous avons enlevé la table à langer qui était dans sa chambre. Cela fait quelques qu’elle ne servait plus, mais nous n’avions toujours pas pris le temps de démonter le meuble qui débordait encore de couches. Il a maintenant une vraie chambre de grand.
  • J’ai préparé une salade de fruits pour toute la classe pour la collation du lundi. Heureux hasard du calendrier. Petit Gris était fier comme un coq que sa maman ait préparé quelque chose à apporter aux copains. Pour le coup, je crois vraiment que, symboliquement, c’est comme s’il s’était introduit auprès de tous les autres en apportant le saladier rempli de fruits.
  • J’ai repiqué la belle idée de Marjoliemaman et lui ai dessiné un petit coeur au creux du poignet le dimanche soir. Et son papa a fait de même le lendemain matin, un petit soleil sur l’autre poignet. Des petits secrets qu’il me réclame encore de temps en temps « un petit coeur Maman! »
  • Je suis allée dévaliser le rayon enfants de ma librairie et suis revenue chargée de livres sur le pot (forcément) (Tchoupi, parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne, et puis l’histoire de Théo avec laquelle il avait bien accroché) et sur la maternelle. On s’est fait une belle séance lecture le lundi soir…

 

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Quand rentrée et propreté ne font pas bon ménage

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On dit que l’enfant deviendra propre quand il sera prêt, qu’il faut certes l’accompagner, mais ne pas le pousser, au risque de provoquer des situations de blocage.
 
La maturité physiologique de l’enfant, qui intervient généralement entre 18 mois et 3 ans, doit être atteinte. Cela semble évident. Il nous faut donc, parents, être à l’écoute des signes de nos enfants et leur proposer un accompagnement bienveillant quand ceux-ci se manifestent, pour les aider à apprivoiser cette démarche qui ne leur est pas familière: se rendre aux toilettes. Cela signifie d’abord pour eux de ressentir, dans leur corps, le besoin d’uriner ou d’aller à la selle. Puis la capacité à comprendre ce besoin, soit en se rendant seul aux toilettes, soit en le verbalisant, pour que quelqu’un accompagne.
 
Quand cela s’en arrête là, tout roule relativement rapidement. Mais de nombreuses angoisses inconscientes peuvent également faire leur apparition autour de cela: c’est là que la question de la maturité psychologique de l’enfant entre en jeu.
 
Ces enjeux-là, puisqu’inconscients, nous dépassent un peu la plupart du temps. Et nous nous retrouvons bien seuls, parents, pour proposer le bon accompagnement, celui adapté à notre enfant, au besoin qu’il exprime à ce moment précis.
 
Petit Gris a fait sa rentrée difficilement. Enfant particulièrement sensible, depuis tout petit, il se montre affecté par toute situation de changement.
 
Pour ce qui est de l’acquisition de la propreté, j’en avais déjà parlé ici, le chemin a été long et n’est toujours pas vraiment parcouru d’ailleurs. Nous avons fait le choix de ne pas le brusquer. Vers 2 ans ½, nous avons acheté un pot et un réducteur, mais il n’y a pas montré d’intérêt. Vers 3 ans, l’intérêt n’étant toujours pas là, nous avons un peu accru nos sollicitations. Insister sur l’exemple (avec nous et chez la nounou), proposer à des temps réguliers dans la journée (après le lever, avant le repas, avant de se coucher…), acheter des couches pull-up, puis des sous-vêtements, lus beaucoup de livres, demandé régulièrement s’il souhaitait porter un slip. Petit à petit, Petit Gris a fait de plus en plus souvent pipi dans le pot ou sur les toilettes, tout fier de tirer la chasse d’eau. Mais il ne demandait pas à se rendre aux toilettes et s’accrochait à sa couche quand il s’agissait de changer une selle.
 
A 3 semaines de la rentrée scolaire, nous avons profité des vacances pour arrêter les couches. Après discussion avec lui, il a accepté de ne plus en porter, mais la proposition, un peu ferme, venait clairement de nous. Les premiers jours furent humides, évidement, mais petit à petit il a compris qu’il pouvait retenir son urine. Nous guettions les signes et lui proposions d’aller aux toilettes. Chaque fois il répondait « non, pas pipi », mais à force de le voir se dandiner, nous l’accompagnons un peu de force et il faisait pipi dans son pot. Mais rarement ses selles. Au bout de quelques jours, il a refusé de mettre sa couche pour la sieste. Il a voulu dormir les fesses à l’air. Pas d’accident. Quelques jours plus tard, il a demandé à retirer la couche pour la nuit. Les fesses à l’air également. Et pas d’accident.
 
En l’espace d’à peine 2 semaines, Petit Gris est devenu propre la nuit. Mais pas le jour. Le jour, ça traine encore. Il faut lui proposer car il ne demande pas. Et s’il accepte facilement de faire pipi, la question des selles semble clairement être plus compliquée pour lui.
 
Après 3 semaines « d’apprentissage » un peu intensif (nous avons clairement focalisé sur la question pendant toutes les vacances), nous appréhendions forcément la rentrée scolaire. Gérer à la fois la création de tous ces nouveaux repères et maintenir les acquis en terme de propreté, nous savions que cela ferait beaucoup pour Petit Gris. Et ça n’a pas loupé. Chaque jour, Petit Gris est changé à l’école.
 
Aujourd’hui, nous sommes un peu perdus face à cette situation. Essayer de rester dans une démarche d’accompagnement n’est pas toujours si simple quand on a la pression de l’école et le risque que notre enfant n’y soit plus accueillis tant qu’il ne sera pas « propre ».
 
Et là je me rends compte que s’il s’agit d’accompagner notre enfant, la propreté n’est cependant pas une acquisition qui se fera toute seule, mais aussi une question d’éducation. L’accompagner, c’est l’éduquer. L’aider à se rendre compte qu’il est le seul qui peut décider. Que d’aller aux toilettes, c’est aussi grandir.
 
Mais alors, où est le blocage pour Petit Gris et comment l’aider à la dépasser ?
 
Quand on fait le tour de la littérature sur la question, des billets de blogs, des forums, l’avis général est plutôt de ne pas presser l’enfant, de laisser venir et de lui faire confiance. Oui, mais ce n’est parfois pas si simple. Car quand vient s’y mêler l’arrivée de la scolarisation, la pression, de fait, est présente.
 
Aujourd’hui, nous nous retrouvons a devoir arbitrer entre  ficher la paix à Petit Gris avec cela, le laisser déjà gérer émotionnellement sa rentrée, se créer ses repères pour être suffisamment rassuré. En espérant que le déclic viendra tout seul, sans doute aussi en dédramatisant la situation et en comptant sur l’exemple des copains à l’école. Et en faisant fi de cette pression qui nous angoisse de voir notre fiston « renvoyé » le temps que son acquisition soit plus solide.
 
Ou alors, aller chercher à l’extérieur une écoute et un accompagnement. Auprès d’un pédiatre ou d’un pédo-psy, quelqu’un qui puisse l’entendre lui, enfant, et nous écouter nous, parents. Histoire de ne pas trop faire peser notre propre angoisse sur Petit Gris et de pouvoir partager notre questionnement. Parce que se questionner au sein du couple, c’est bien, c’est nécessaire, mais au bout d’un moment on tourne un peu en rond.

Image: « Non, pas le pot! », Stéphanie Blake,  éd. École des loisirs.