Ces choses de rien

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J’avais parlé ici du temps nécessaire à Petit Gris pour se faire à son nouveau rythme, à se créer ses nouveaux repères et de la difficulté pour l’école de lui accorder ce temps dont il avait besoin, de gérer la manière dont cela s’exprimait chez lui.

A la rentrée, Petit Gris était « propre » à la maison, jour et nuit, mais pas à l’école, ni au centre de loisir. Trop de choses à penser, à intégrer, à digérer, pas encore rassuré, trop d’émotions qui débordent. Chaque enfant est différent, chaque enfant exprime ses difficultés différemment. Il y en a qui pleurent, d’autres qui crient, certains ont du mal à manger, d’autres à dormir. Petit Gris l’a exprimé encore autrement. Et trois changes dans une journée, c’était visiblement trop pour son Atsem.

L’organisation de notre vie familiale nous amenait à n’avoir aucun contact avec l’école. Centre de loisir le matin, puis car scolaire et nounou le soir. Cela n’a sans doute pas aidé, ni à rassurer Petit Gris, ni à nous permettre à nous, adultes – parents, maîtresse et Atsem – de créer ce lien nécessaire pour avoir confiance les uns en les autres.

Au bout d’une semaine ½, nous avons reçu un coup de téléphone de la maîtresse qui nous informait que cela ne « s’arrangeait » pas pour Petit Gris et que cela commençait à devenir compliqué. Le vendredi soir où je l’ai eu au téléphone, je ne la sentais pas dans le dialogue, mais plutôt dans la plainte et l’agacement face à une situation qui ne facilitait pas le fonctionnement de la classe et qui lui échappait. Quant à moi, j’étais très déstabilisée et à fleur de peau. Au-dessus de nos têtes, le risque que l’on nous demande de retirer Petit Gris de l’école tant que le « problème » ne serait pas réglé. J’ai préféré éviter cette conversation à chaud et ai demandé à la maîtresse que l’on se rencontre rapidement pour en discuter calmement et réfléchir ensemble à une solution. Le rendez-vous a tout de suite été pris pour le mardi suivant et nous nous sommes mises d’accord pour une présence de Petit Gris lors de ce dernier.

Le mardi suivant, une fois tous les autres enfants partis, nous sommes donc restés, Petit Gris, son papa et moi, dans la classe de Petit Gris. Une fois tous installés sur les petites chaises, sa maîtresse a commencé notre rendez-vous de manière très positive, en félicitant Petit Gris qui n’avait pas eu un seul « accident » les 2 jours précédents, en lui disant que tous nous étions fiers de lui et qu’il n’y avait pas de raison que cela ne continue pas. Dans sa tête, les choses étaient réglées. Nous avons donc continué la conversation sur d’autres sujets.

Je ne sais pas ce qui s’est passé pour Petit Gris pendant le week-end pour qu’il se sente finalement suffisamment rassuré à l’école. Pendant ces deux jours, nous avons essayé tout un tas de petites choses avec lui. Je ne sais pas laquelle de ces petites choses de rien a été la plus utile ou si c’est la somme de toutes cela mis bout à bout qui a eu un écho chez mon fiston. Mais depuis ce jour-là, nous n’avons plus jamais trouvé de sac pastique dans le cartable de Petit Gris à son retour de l’école.

Au final, Petit Gris s’est « adapté » à son nouvel environnement en une semaine ½. Moi, je trouve qu’il a fait vite. Personnellement, il me faudrait bien plus que ça pour me sentir à l’aise dans un nouveau job par exemple. Alors, j’ai eu envie de partager. Cette pression de l’école a été tellement angoissante, pour lui, pour nous, que si ces petites choses que nous avons essayées avec Petit Gris peuvent en aider d’autre, c’est tant mieux ! Ce n’est pas une recette, juste des choses de rien, des petits trucs qui pour lui ont été déclencheur.

  • D’abord, on a parlé. Beaucoup. Différement sans doute aussi. J’ai pris le temps d’être seule avec lui pour lui dire notre inquietude, lui dire que ce n’était pas grave, mais que nous essayions de comprendre.
  • Je lui ai expliqué le fonctionnement du corps humain, ce que sont les selles et l’urine, ce qui fait que l’on peut retenir un temps, mais qu’il ne faut pas trop attendre.
  • Nous lui avons expliqué que nous allions rencontrer sa maitresse. Que nous nous sentions tous concernés, que nous nous demandions pourquoi il avait ces « accidents » à l’école, et que nous souhaitions en parler tous ensemble.
  • J’ai insisté sur le fait que le rendez-vous avait lieu dans sa classe et qu’il pourrait donc me faire la visiter, me montrer le petit lit ou il dort, là où il aime jouer, etc. C’est MC qui l’a accompagné pour sa rentrée et je crois que c’était important aussi qu’il me voit entre ces murs.
  • Nous avons enlevé la table à langer qui était dans sa chambre. Cela fait quelques qu’elle ne servait plus, mais nous n’avions toujours pas pris le temps de démonter le meuble qui débordait encore de couches. Il a maintenant une vraie chambre de grand.
  • J’ai préparé une salade de fruits pour toute la classe pour la collation du lundi. Heureux hasard du calendrier. Petit Gris était fier comme un coq que sa maman ait préparé quelque chose à apporter aux copains. Pour le coup, je crois vraiment que, symboliquement, c’est comme s’il s’était introduit auprès de tous les autres en apportant le saladier rempli de fruits.
  • J’ai repiqué la belle idée de Marjoliemaman et lui ai dessiné un petit coeur au creux du poignet le dimanche soir. Et son papa a fait de même le lendemain matin, un petit soleil sur l’autre poignet. Des petits secrets qu’il me réclame encore de temps en temps « un petit coeur Maman! »
  • Je suis allée dévaliser le rayon enfants de ma librairie et suis revenue chargée de livres sur le pot (forcément) (Tchoupi, parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne, et puis l’histoire de Théo avec laquelle il avait bien accroché) et sur la maternelle. On s’est fait une belle séance lecture le lundi soir…

 

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Cette première rentrée

Petit Gris à fait mardi sa toute première rentrée. J’ai fait mardi, avec Petit Gris, ma toute première rentrée. Je suis devenue parent d’élève.

Je pensais gérer tout cela à merveille. Et je me suis laissée surprendre, à m’émouvoir, à m’inquiéter, à y penser toute la journée.

Je lui ai fait le matin un gros baiser sur le perron de la maison, et je l’ai regardé partir tout fier avec son petit sac sur le dos, rassuré d’y savoir son doudou au chaud, sur son dos, tout près de lui.

C’est MC qui s’est chargé de l’accompagner dans la classe, de vivre avec lui cette rentrée. C’est que Petit Gris pleure encore quand il me voit partir et nous préférions éviter de rendre les choses encore plus difficile.C’est donc main dans la main avec son père qu’il est entré dans l’école. Il y a retrouvé avec bonheur quelques copains, L. qui était gardé avec lui chez Dame Tartine, et surtout E. son grand copain.

C’est à peine s’il a jeté un regard à son père quand il est parti, tout occupé qu’il était à jouer avec d’autres. Lui qui hésitait à passer le pas de la porte de la salle de gym l’an dernier, quel changement!

Puis la journée est passée. Cantine, sièste, car scolaire, Dame Tartine. C’est chez elle que nous sommes allés le récupérer à 18h, en même temps qu’Orangette. Nous y avons retrouvé un Petit Gris visiblement impressionné par sa journée, qui avait dû être changé au réveil de la sieste, qui avait beaucoup pleuré dans ce car scolaire si grand, si bruyant, si impressionnant et qui avait sauté dans les bras de Dame Tartine pour descendre de ce grand car, rassuré de retrouver un figure connue et aimée.

La deuxième journée fut un peu sur le même schéma, avec en plus à découverte de l’accueil de loisir. J’aimerais être une petite souris pour savoir comment se passent ses journées. Je sens bien que c’est dur pour mon petit garçon, tous ces changements, tous ces repères nouveaux qu’il lui faut se créer. Je sens bien que son petit coeur bat à 100 à l’heure, qu’il a un peu envie et beaucoup peur aussi.

Mais je lui fais confiance, je sais qu’il y arrivera. Bien sûr, mon coeur de maman se serre quand je sais qu’il a pleuré et je me demande comment l’aider à affronter toute cette nouveauté qui semble si difficile à apprivoiser. Et puis je le retrouve le soir, joyeux et rieur, il me raconte ce qu’il a mangé à la cantine, qu’il a appris à dessiner des ronds, qu’il a joué avec E… Alors je souris et je sais qu’il a en lui la force nécessaire pour apprivoiser tout cela. Et je sais qu’il sait, lui, que nous nous retrouvons le soir, pour faire le plein de câlins, de bisous, prêts l’un comme l’autre à repartir le lendemain vivre une nouvelle journée le coeur rempli d’amour.

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